L’élargissement géographique de l’Union européenne
Il aura fallu attendre quarante ans pour que le vœux de Robert Schuman se réalise.
«…la ligne de démarcation idéologique qui coupe l’Europe en deux […] a été imposée par la violence. Puisse-t-elle s’effacer dans la liberté !».
«Nous devons faire l’Europe non seulement dans l’intérêt des peuples libres, mais aussi pour pouvoir accueillir les peuples de l’Est qui, délivrés des sujétions qu’ils ont subies jusqu’àprésent, nous demanderaient leur adhésion et leur appui moral».
R.Schuman in France-forum, novembre 1963.
Titre 1 Profils, atouts et faiblesses des pays adhérents àl’Union européenne en 2004
L’élargissement de l’Union européenne en 2004 constitue àla fois un devoir moral et une chance.
Cet élargissement aux quatre pays du groupe de Visegrad (Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie), aux trois Etats baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), àun ancien pays de l’ex-Yougoslavie, la Slovénie et àdeux îles méditerranéennes, Malte et Chypre comporte aussi le risque de nouveaux blocages. Son succès dépend, au-delàde la réussite de la réforme des institutions communautaires, de la solidarité des peuples européens.
L’élargissement peut remettre en cause, ralentir ou, au contraire, relancer l’approfondissement du projet européen. Quelles seront les incidences de l’élargissement géographique de l’Union européenne sur son approfondissement politique ? Quelle est la vision de l’Europe des pays candidats ?
Publiée en octobre 2003, une enquête Eurobaromètre a révélé le soutien croissant des pays en voie d’adhésion aux grandes politiques européennes. Les résultats ont montré une progression du soutien àl’adhésion àl’Union européenne (79%), de la participation àl’euro (72%), de la reprise des décisions communes en matière de politique étrangère et de sécurité (74%) et de politique commune de défense (84%). Les personnes interrogées considéraient que l’Union européenne doit avoir pour principales priorités la lutte contre le chômage, le terrorisme, le crime organisé et le maintien de la paix et de la sécurité en Europe. Une majorité était favorable àdes décisions européennes communes en matière de recherche, d’aides régionales, de lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Elles étaient moins enthousiastes sur les questions de culture, de justice, d’immigration et de police.
Fin 2003 la Commission européenne a fait le bilan de la reprise de l’acquis communautaire. Elle s’est félicitée du rattrapage de cinquante ans d’acquis communautaire opéré par «une révolution tranquille» dans une courte période de temps, mais elle n’en a pas moins déploré «les sérieux retards» dans la reprise de l’acquis àsix mois de l’adhésion programmée des 10 pays candidats.
La mise àniveau dans les domaines de l’agriculture et de la politique de concurrence a posé le plus de problèmes dans les dix pays d’Europe centrale et orientale. Les manquements aux normes sanitaires sont inquiétants et de nombreux abattoirs et laiteries ne remplissent pas les critères d’hygiène autorisant l’exportation des produits agricoles. Les aides d’Etats trop importantes risquent de fausser la concurrence. Les appels d’offres des marchés publics manquent de transparence.
La Pologne avec 38,5 millions d’habitants, représente la moitié de la population et la moitié du PIB des 10 pays candidats. C’est elle qui pose le plus de questions, en particulier avec son agriculture et son administration.
Pour tous les nouveaux pays membres, les problèmes de fonds sont la corruption et la libre circulation.
La Commission européenne pourrait décider de fermer le marché intérieur àcertains produits ou àcertaines catégories de travailleurs. Cette menace devrait inciter les futurs Etats membres àse mettre àjour. C’est leur intérêt de le faire pour bénéficier du plein accès au marché communautaire.
Les nouveaux Etats membres dont le niveau de vie de la population est encore faible vont bénéficier de la solidarité des anciens Etats membres.
Positions économiques et budgétaires des 10 nouveaux membres de l’Union européenne de 2004
2004-2006 Contribution
au budget UE Retour sur
contribution Salaire mensuel en euro (2003)
Pologne 6 552 206 % 532
Tchéquie 2 573 130 % 531
Slovaquie 934 188 % 346
Hongrie 2 280 160 % 541
Slovénie 771 131 % 1041
Estonie 231 318 % 405
Lettonie 287 389 % 271
Lituanie 510 365 % 326
Malte 178 174 % 600
Chypre 428 120 % 880
total en millions d’euros
14 744
189%
La présentation historique, économique et politique de chacun des nouveaux pays adhérents mettra en évidence leurs attentes, leurs inquiétudes et leurs préoccupations ainsi que les enjeux de cet élargissement sans précédent dans l’histoire de la construction européenne.
Chapitre 1 Le Groupe de Visegrad : la Pologne, la république Tchèque, la Slovaquie et la Hongrie
Au début des années quatre-vingt-dix naquit l’idée d’une coopération étroite entre la Tchécoslovaquie, la Pologne et la Hongrie. Elle s’est concrétisée le 15 février 1991, àBudapest au château de Visegrad lorsque Vaclav Havel, Président de la République Fédérale de Tchécoslovaquie, Josef Antall, Premier Ministre hongrois et Lech Walesa, Président de la Pologne signèrent la «Déclaration sur une position commune et coordonnée pour l’intégration paneuropéenne». L’ambition de la coopération entre ces trois Etats, qui allaient devenir quatre avec la partition de la Tchécoslovaquie, était de leur permettre de se dégager de l’emprise soviétique et d’accélérer le processus de leur intégration dans l’Europe politique, économique et stratégique.
Ces pays devront s’efforcer de promouvoir leurs intérêts communs pour que perdure au sein de l’Union européenne le groupe dit de Visegrad. Un de leurs soucis majeurs est de satisfaire rapidement et simultanément aux critères de Schengen afin de pouvoir rejoindre ensemble cet espace.
La Pologne
Parmi les 10 nouveaux pays membres de l’Union européenne, la Pologne concentre la moitié de la population et la moitié du PIB par habitant. C’est donc sur elle que se porte - non pas la moitié - mais la grande majorité des regards, des interrogations et des débats. D’elle dépendra pour beaucoup la réussite, ou non, de l’élargissement. Son énorme potentiel agricole et son poids économique dans la région plaident en faveur d’un optimisme raisonné. Reste que sa politique étrangère très atlantiste et la perméabilité de ses frontières àl’Est donnent aux sceptiques d’une Europe à25 quelques solides arguments.
Situation géographique
La Pologne se situe au carrefour de l’Europe. Elle est traversée par les grands axes nord-sud (Stockholm, Helsinki, Cracovie, Budapest, Athènes) et est-ouest (Paris, Berlin, Varsovie, Moscou).
La Pologne est un hexagone de 312 700 km² bordé au nord par la mer Baltique et au sud par la chaîne des Carpates. Elle partage ses frontières avec 7 pays : l’Allemagne, la République tchèque, la Slovaquie, l’Ukraine, la Biélorussie, la Lituanie et la Russie via l’enclave de Kaliningrad. Ses frontières orientales sont dépourvues de remparts naturels.
Avec 75% de son territoire àmoins de 200 mètres d’altitude, la Pologne est un pays de plaines - c’est même de cette particularité géographique qu’elle tire son nom : Pologne vient de Polé qui signifie plaine. C’est aussi un pays d’eau. De nombreux fleuves couvrent la majeure partie du pays. L’Oder (742 km) et la Vistule (1047 km) en sont les principaux. Quant aux lacs, on en dénombre pas moins de 9000. Concentrés dans le Nord, ils peuvent atteindre des surfaces considérables : le plus grand s’étend sur 113,8 km².
Population
La Pologne compte 38,5 millions d’habitants dont 1,6 dans la capitale Varsovie. L’histoire tragique de la Pologne a provoqué plusieurs vagues massives d’émigration effectuées en grande partie vers les Etats-Unis. On estime à10 millions le nombre d’Américains d’origine polonaise.
Si 97,6% de la population est polonaise, on trouve néanmoins de nombreuses minorités. Les Ukrainiens et les Biélorusses sont les plus nombreux devant les Allemands, les Juifs (qui représentaient 10% de la population en 1933), les Roms, les Slovaques et les Tchèques.
La population polonaise est de confession catholique àprès de 95%.
Depuis le XIème siècle, l’Aigle blanc sur fond rouge symbolise le courage, la force et la majesté de la Nation polonaise. Le drapeau polonais blanc et rouge incarne la pureté morale et la combativité de son peuple.
Repère historique
La Pologne est millénaire mais son assise territoriale a varié au cours des siècles.
L’Etat polonais a émergé àpartir du Xème siècle lorsque Polanes, Vislanes et Slézanes se sont fédérés. Pendant 300 ans, l’unité de la Pologne fut menacée par le partage de son territoire entre héritiers et par l’ambition de ses voisins Allemands et Mongols. Ce fut notamment l’attachement des Polonais au catholicisme qui leur permirent de sauvegarder l’indépendance de leur jeune Etat.
Le XVIème siècle fut l’âge d’or de la Pologne. Son alliance avec la Lituanie, l’Union de Lublin, lui permit de s’étendre des régions de la mer Noire jusqu’àla mer Baltique. Mais très vite les rivalités entre Polonais, Allemands, Russes et Lituaniens ainsi que l’absence de frontières naturelles fragilisèrent cette Alliance. Au XVIIème siècle, la Pologne fut envahie par la Prusse, la Russie, la Suède et par l’Empire Ottoman. Elle fut dépecée et disparut en 1795 partagée entre l’Autriche, la Prusse et la Russie.
Napoléon Bonaparte lui redonna naissance en 1807 en rétablissant le Grand duché de Varsovie mais, en 1815, la défaite des armées napoléoniennes conduisit ànouveau au partage de la Pologne entre la Prusse et la Russie. Durant plus d’un siècle, les Polonais se retrouvèrent prussifiée par la Prusse et russifiée par la Russie. Nombre d’entre eux trouvèrent refuge àl’étranger et notamment en France.
A la fin de la première Guerre Mondiale, la défaite de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie permit la création de la République de Pologne. Son indépendance fut consacrée par le Traité de Versailles en 1919.
Le 1er septembre 1939, l’Allemagne - après avoir annexé l’Autriche - envahit la Pologne. Ce fut une période noire pour les Polonais. Ils furent victimes du nazisme, du travail forcé et des camps de concentration. Six millions d’entre eux périrent, dont trois millions de juifs.
La fin de la seconde guerre mondiale entraîna des transferts massifs de population provoqués d’une part par l’exode de millions d’Allemands et d’autre part par l’arrivée de Polonais chassés d’Ukraine et de Lituanie par les Soviétiques.
Après une guerre civile de plus de 2 ans qui fit 150 000 prisonniers politiques, la Pologne devint un satellite de l’URSS. Elle adhéra au COMECON (accord économique) et au pacte de Varsovie (alliance militaire). Une économie de type socialiste se mit en place avec des nationalisations, des planifications impératives et une industrialisation accélérée.
Sous l’omnipotence du parti communiste, le peuple polonais fut privé de liberté et subit des persécutions religieuses et politiques.
L’Eglise catholique, opposante àla philosophie marxiste, devint le facteur d’unité et d’émancipation du peuple polonais. A partir de 1980, des grèves sur les chantiers navals de Gdansk, organisées par le mouvement «Solidarité» dirigé par Lech Walesa, permirent aux Polonais d’obtenir une certaine liberté d’expression. En 1989, àla suite de l’effritement du glacis soviétique, Lech Walesa remporta les premières élections libres. La nouvelle Constitution, qui fut votée le 30 décembre 1989, établit un régime républicain de démocratie pluraliste tournée vers l’Europe occidentale.
Dans leur histoire récente, les Polonais, constamment aux prises avec l’Allemagne et la Russie, ses deux envahissants voisins, ont vu dans les Etats-Unis un puissant allié et un pays refuge, ce qui explique leur atlantisme décomplexé et la persistance d’une certaine appréhension vis-à-vis de la construction européenne.
Situation économique
En 45 ans de communisme, l’économie polonaise s’était spécialisée dans les industries lourdes (sidérurgie, construction navale, industries mécaniques et chimiques) et dans le secteur minier.
Sur le plan agricole, la collectivisation s’est révélée un échec. Les paysans, nombreux et fort attachés àleur terre, lui firent barrage. De ce fait, l’agriculture polonaise est restée parcellisée et peu mécanisée. Elle doit être profondément modernisée.
En 1990, l’économie de marché fit son entrée en Pologne. Le rôle de l’Etat s’effaça progressivement pour laisser place au libre jeu de l’offre et de la demande. Le secteur privé représente désormais près de 70% de la production intérieure brute. Des politiques de libéralisation et de privatisation ont permis des restructurations dans le secteur minier, sidérurgique et dans la construction navale. Cette restructuration rapide de l’économie a entraîné un accroissement du chômage. Les jeunes, non diplômés ou diplômés de l’Université, en sont d’ailleurs les principales victimes. Cette situation est d’autant plus embarrassante que de futures privatisations et restructurations sont encore àprévoir dans les secteurs du charbon, de l’acier, de l’énergie, de l’industrie chimique lourde et des industries de la défense.
La Pologne n’est pas dépourvue d’atouts. Sa position géographique, son marché de 39 millions de consommateurs, sa main-d’œuvre qualifiée et compétitive la rendent économiquement attractive. Son économie est performante dans le meuble, l’automobile, la construction navale, l’industrie agro-alimentaire et la sidérurgie. En outre, avec près de 40 millions d’habitants, elle semble moins sensible aux aléas de l’économie internationale comme en témoigne sa bonne résistance aux effets de la crise économique russe de 1997.
Si la Pologne remplit les critères d’une économie de marché viable, la présence de l’économie souterraine, estimée entre 5 et 15% du PIB, ainsi qu’un chômage important nuancent cette situation. C’est, malheureusement, la conséquence logique du processus de privatisation et de restructuration.
QUELQUES CHIFFRES
En 2003, le PIB de la Pologne était de 231 milliards d’euros. Le secteur agricole concentrait 20% des emplois en 2001 mais ne représentait que 3,4% du PIB. Le secteur industrielle contribuait àhauteur de 50% du PIB et le secteur des services àhauteur de 46,6%.
Le PIB a augmenté de 5% durant les années 1996-2000. Son taux de croissance est passé de 1,1% en 2001 à1,5% en 2002 et 3% en 2003. Le gouvernement polonais prévoit une croissance du PIB de 5% en 2004.
En 2003 le PIB par habitant représentait 40% de la moyenne communautaire et le salaire mensuel moyen était de 532 euros.
De 17,4% en 2002, le taux de chômage aurait atteint 18,8% de la population active en 2003.
Le déficit budgétaire s’est creusé depuis 2000. Il représentait 2,3% du PIB en 2000, 4,5% en 2001 pour atteindre 4,9% en 2002.
La dette publique a atteint 47,5% du PIB en 2001 et devait dépasser le seuil des 50% du PIB en 2002.
L’inflation était de 15% en 1997, elle a été portée en 2001 à5,3% puis réduite à3,3% en 2002.
La monnaie nationale, le Zloty, a un régime de change flottant. La Pologne souhaiterait intégrer la zone euro en 2007.
En matière de relations commerciales, la Pologne est intégrée àl’Union européenne: elle réalisait plus de 70% de son commerce extérieur avec les pays membres de l’Union européenne. Elle exporte des meubles, des produits agro-alimentaires, du matériel électrique, des moteurs. Elle importe des articles en plastiques et du matériel informatique. L’Allemagne est son premier fournisseur et son premier client. Suivent la France et l’Italie. En 2003, la Pologne était le quatrième marché àl’exportation de l’Union européenne, derrière les Etats-Unis, la Suisse et le Japon.
Les investissements étrangers, en particulier dans les banques, ont financé la restructuration de son économie. La France était le premier investisseur étranger avec 12,5 milliards d’euros investis en 2003 (France Telecom, Vivendi, Carrefour, Crédit agricole), devant les Etats-Unis (8,7 milliards d’euros) et l’Allemagne (7,8 milliards d’euros).
Situation politique
Depuis l’adoption de la Constitution du 30 décembre 1989, la Pologne est une démocratie parlementaire. Le Président y est élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. En 1990, Lech Walesa fut élu Président de la République. Aleksander Kwasniewski, artisan de la conversion de l’ancien parti communiste àla social-démocratie, lui a succédé en 1995 et s’est fait réélire en 2000.
Le système parlementaire est bicaméral. Le Sénat compte 100 membres élus pour quatre ans. La Diète comprend 460 membres élus àla proportionnelle pour quatre ans.
La multiplication des partis et la représentation proportionnelle ne permettent pas la constitution d’une majorité stable et la vie politique polonaise est rythmée par les alternances entre socialistes, nationalistes et libéraux. Entre 1990 et 1993, une coalition «social-démocrate» et chrétienne se forma et quatre gouvernements se succédèrent. L’Eglise catholique se vit accuser de vouloir imposer des valeurs ultraconservatrices et les élections législatives de 1993 furent remportées par les néo-communistes. Jusqu’en 1997, une coalition formée de l’Alliance pour la gauche démocratique et le Parti paysan populaire fut en charge des responsabilités gouvernementales.
En 1997 le bloc des partis de droite et de centre-droit remporta les élections législatives. Une coalition formée de l’AWS (Solidarité) et de l’UW (Union de la Liberté) libérale forma un nouveau gouvernement dont Jerzy Buzek devint le Premier ministre. Ce dernier se donna pour objectifs de conduire la Pologne vers l’intégration àl’Union européenne.
Depuis les élections législatives de 2001, l’Alliance pour la gauche démocratique (SLD) et l’Union du Travail (UP) sont revenus au pouvoir et ont permis àLeszek Miller (SLD) de former un gouvernement. Si ces deux partis de la coalition gouvernementale diffèrent sur les conséquences de l‘adhésion àl’Union européenne, l’opposition a fait de l’intégration européenne une «cause nationale commune». Depuis 2003 ce gouvernement est devenu largement impopulaire et minoritaire. Le Premier ministre Leszek Miller a démissionné le lendemain de l’entrée de son pays dans l’Union européenne.
Marek Belka, ancien ministre des Finances et responsable économique dans l’administration provisoire américaine en Irak, était pressenti pour le remplacer au poste de Premier ministre mais il n’a pas obtenu le soutien de l’Union du Travail, parti de la coalition au pouvoir, qui exigeait le retrait des forces polonaises envoyées en Irak. Il assure néanmoins la gestion des affaires courantes dans l’attente des prochaines élections législatives. D’après des sondages, les élections législatives de septembre 2004 comme d’éventuelles élections anticipées pourrait voir l’effondrement de la coalition des sociaux-démocrates au pouvoir. Le SLD, parti au pouvoir, n’est soutenu que par 7% des Polonais alors que le parti libéral PO et la formation populiste Samoobrona (Alliance populiste), créée par Andrzej Lepper, approchent chacun la barre de 30%.
Si l’Alliance populiste parvient aux responsabilités gouvernementales, la coopération entre la Pologne et ses partenaires au sein de l’Union européenne risque d’être compliquée.
La Pologne et l’élargissement de l’Union européenne
La Pologne signa des accords la liant àla Communauté européenne dès 1991. Sa demande d’adhésion a été introduite le 5 avril 1994. L’engagement politique de l’Allemagne en faveur de cette démarche fut primordial.
Entre 1994 et 1998, la Pologne a pris du retard dans la reprise de l’acquis communautaire en raison du manque de consensus politique sur la question de l’adhésion et du mauvais fonctionnement de l’administration polonaise. En 1998, l’Union européenne décida donc de réduire son soutien financier au titre du programme PHARE. Cette sanction permit aux autorités polonaises de prendre conscience de la nécessité d’intégrer l’acquis communautaire. Depuis, la Pologne a fait des progrès continus. Elle est parvenue àun niveau élevé d’alignement sur l’acquis même si le fonctionnement de l’administration est toujours problématique. Dans le domaine de l’agriculture et de la protection des frontières, il a provoqué des retards susceptibles de remettre en cause la bonne gestion des aides communautaires et la sécurité des citoyens européens.
L’opinion publique polonaise àl’égard de l’Union européenne a évolué. La majorité pro-européenne s’est dégradée depuis le lancement du processus de négociation. Les fractions populistes, agricoles et nationalistes étaient défavorables àl’entrée dans l’Union européenne. On a pu redouter que la population, par une trop forte abstention ou par le rejet de l’adhésion, ne sanctionne la politique du gouvernement. Pourtant les 8 et 9 juin 2003, les Polonais se sont déclarés favorables à77,5% àl’entrée de leur pays dans l’Union européenne. Le taux de participation de 59% a validé le scrutin.
La Pologne est le plus grand et le plus peuplé des pays candidats. Elle recevra près de 50% de la totalité des paiements accordés aux dix nouveaux Etats membres pour 2004-2006 soit 13,5 milliards d’euros sur 27,86 milliards d’euros.
Défis et atouts de l’adhésion de la Pologne àl’Union européenne
«La Pologne dépendra désormais de l’Europe comme jamais auparavant. Mais le visage de l’Europe dépendra aussi comme jamais de la Pologne». C’est ainsi que le quotidien conservateur polonais «Rzeczpospolita» soutenait l’adhésion de la Pologne àl’Union européenne le 9 juin 2003 au lendemain du référendum positif.
Défis de l’adhésion de la Pologne àl’Union européenne
Défis internes
Si le potentiel agricole polonais peut être àmoyen ou long terme un atout économique, l’agriculture représente aujourd’hui un véritable défi sur le plan social. Durant l’ère soviétique, le maintien d’une agriculture privée a empêché l’agrandissement et la modernisation des exploitations. La Pologne doit aujourd’hui y remédier. La configuration de l’agriculture polonaise reste hétérogène. Certaines exploitations sont modernes, d’autres s’inscrivent dans une logique de survie : les propriétés agricoles de l’Ouest – la plupart de taille moyenne - sont compétitives et relèvent de la PAC. Au Nord et àl’Est, l’agriculture est morcelée et défavorisée. Cette agriculture de proximité dépend, quant àelle, de la politique régionale, compte tenu du fait que ses agriculteurs tirent souvent plus de 50% de leurs ressources d’autres activités.
La production est importante en volume dans certains secteurs -pomme de terre, betterave àsucre, fruits rouges, céréales, laits, œufs ou pommes- mais la productivité s’avère encore faible. Les rendements céréaliers sont inférieurs de moitié aux rendements français. La législation polonaise n’incite pas àla compétitivité. Elle limite même la réorganisation de l’agriculture. Il suffit de posséder un seul hectare de terre pour se voir reconnaître le statut d’agriculteur, fiscalement très avantageux. La multiplication de petits exploitants et le développement de l’agriculture de subsistance sont les conséquences logiques de cette politique. Gardant un mauvais souvenir du morcellement successif de leur espace agricole et historiquement très attachés àleur terre les Polonais redoutent de voir leurs petites exploitations passer aux mains de riches Européens.
Pour que l’agriculture polonaise devienne compétitive, la Commission européenne estime que le nombre d’exploitations doit passer de 2 millions à700 000. La modernisation de l’agriculture implique donc une véritable transition économique et sociale qui ne se fera pas sans douleur. Cette situation est délicate au regard du taux de chômage actuel.
Près de la moitié des agriculteurs se verront contraints de demander des pensions ou de se reconvertir dans d’autres secteurs de l’économie. Le suremploi rural ne pourra être résorbé ni par un marché du travail engorgé, ni par un exode rural ayant déjàentraîné un déficit de logements et d’infrastructures.
Cette situation pourrait avoir de graves répercussions sociales d’autant que les différences entre les niveaux de vie se sont amplifiées avec l’avènement du libre marché. La Pologne pourrait se diriger vers une crise économique, sociale et politique de grande envergure.
Enfin, la sous-administration polonaise s’illustre particulièrement dans le domaine agricole. L’identification et l’enregistrement des parcelles ont pris du retard. En 2003, la Pologne devait encore déployer «de toute urgence de très sérieux efforts» pour renforcer l’instrument de paiement des aides agricoles et son système de gestion et de contrôle. Faute de quoi, elle risque d’être sanctionnée et de se priver des aides de la PAC.
Une crise industrielle frappe de plein fouet le secteur minier. L’importance des réserves (10% du charbon mondial) et le coût social des restructurations n’incitent pas la Pologne àréduire sa production ni àmoderniser son outil de production. La rentabilité se fait toujours attendre malgré une hausse significative de la productivité.
Après les efforts qui lui ont été demandés, la population attend d’importantes retombées de l’adhésion àl’Union européenne. Intégrée àl’économie mondiale, l’économie polonaise devra bénéficier d’une main d’œuvre de plus en plus qualifiée pour rester compétitive. L’économie a besoin de personnels compétents, bénéficiant d’un haut niveau d’instruction et de formation. Or l’exercice budgétaire qui impose une réduction conséquente des déficits publics, rend difficile l’octroi de prestations sociales de qualité.
Autre élément clé du défi polonais : d’après certains démographes, la population polonaise pourrait augmenter ou diminuer de 25% d’ici 20 ans.
La Pologne ne brille ni par le contrôle de ses frontières - en particulier de ses frontières orientales - ni par son acharnement àlutter contre la criminalité. Ces deux points faibles sont autant de handicaps àune intégration réussie.
Les frontières orientales de la Pologne deviendront les frontières extérieures de l’Union européenne. Pour leur protection et leur contrôle, 5 000 garde-frontières polonais disposent de moyens opérationnels octroyés en grande partie par l’Union européenne. Le recrutement de ce personnel reste encore un problème et le laxisme qui prévalait jusqu’àprésent dans la surveillance et le contrôle des 1000 kilomètres de frontières avec l’Ukraine et la Biélorussie fait redouter àbeaucoup une immigration massive et incontrôlée venue de l’Est.
Le problème est que la Pologne ne veut pas bâtir un mur qui la couperait des diasporas polonaises éparpillées dans les pays voisins. L’idée de couper les liens avec leurs compatriotes de l’étranger et de construire une frontière provoque un sentiment amer chez les Polonais. L’importance des échanges entre la Pologne et ses voisins orientaux rend particulièrement ardu le renforcement des contrôles aux frontières. Néanmoins la Pologne s’est résolue àhonorer ses engagements. Elle a introduit le 1er octobre 2003 un système de visas avec un certain nombre de pays de l’Est, au premier rang desquels, l’Ukraine. Une politique qui n’est pas sans conséquences sur les relations qu’entretiennent ces deux pays. L’économie transfrontalière «grise» représenterait 80% de leurs échanges et ferait vivre 20% de la population ukrainienne. La surveillance de ses frontières orientales ne peut se faire qu’au détriment de ses relations politiques et économiques avec l’Ukraine (et vice versa). Depuis la mise en place de visas, la coopération entre les deux pays s’est dégradée dans le domaine de la justice et des affaires intérieures et l’Ukraine appliquerait sans grand zèle l’accord de réadmission des immigrés clandestins conclu entre les deux pays.
La lutte contre la criminalité a été reconnue comme une priorité mais, en pratique, elle devrait être renforcée. La criminalité financière constitue un manque àgagner conséquent. L’économie souterraine pose problème. Le marché de la contrefaçon est àlui seul estimé à500 millions d’euros. A titre d’exemple, le Stade du dixième anniversaire de Varsovie, appelé aussi «le marché russe», exerce un rôle de grossiste et de détaillant. Les transactions qui y sont opérées dans le cadre de l’économie souterraine (alcool, cigarettes, disques, logiciels, matériel électronique, contrefaçons ou encore armes de guerre) représenteraient quatre fois plus que le chiffre d’affaires annuel des échanges légaux.
Pour ce qui est de la lutte contre le blanchiment d’argent, la Pologne, qui a adopté des mesures favorisant la collecte et l’analyse d’informations sur les transactions financières, doit continuer àfaire des efforts dans la lutte contre la fraude et le blanchiment des capitaux. La pénurie de personnels et d’équipements due aux contraintes budgétaires, rend encore malaisée une répression efficace.
L’indépendance de l’ordre judiciaire semblerait, aujourd’hui encore, sujette àcaution, parce que le Ministère de la justice exerce des pressions sur les magistrats mais aussi parce que ceux-ci ne sont pas épargnés par les phénomènes de corruption.
Les défis diplomatiques et stratégiques
L’adhésion de la Pologne àl’Union européenne va déplacer le centre de gravité de l’Europe de Strasbourg vers Berlin. Elle va imposer aux pays de l’Union européenne des partenariats avec des pays voisins : la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie et la Russie.
L’Allemagne, premier partenaire commercial de la Pologne, est perçue comme une menace par les Polonais. Ils redoutent qu’une grande partie de leur territoire ne devienne une zone d’influence exclusive de leur grand voisin. Face àl’aigle allemand et l’ogre russe, les Polonais se sont tournés vers l’Occident, vers la France, puis aujourd’hui vers les Etats-Unis. Ils s’attachent àconsolider leurs relations avec ces derniers. C’est une attitude logique quand on constate que dix millions d’Américains d’origine polonaise vivent aux Etats-Unis. Au milieu des années 1990, près de 15% des Polonais préféraient un accord de libre échange avec les Etats-Unis plutôt que l’adhésion de leur pays àl’Union européenne.
Les Polonais sont très reconnaissants aux Etats-Unis d’avoir accepté leur intégration àl’OTAN àcoût zéro. Les Américains avaient en effet organisé un co-financement avec les autres pays européens membres de l’OTAN. En 1999, la Pologne a rejoint l’OTAN aux côtés de la République tchèque et de la Hongrie et 80% des Polonais étaient favorables àl’entrée de leur pays dans l’Alliance. La Pologne a sur son territoire des bases de l’OTAN avec des forces allemandes et polonaises qui étaient sous commandement danois en 2002 et communiquaient en anglais.
Si l’armée polonaise est l’une des plus opérationnelles et des plus crédibles parmi celles des pays de l’ex-Pacte de Varsovie, elle doit se moderniser et se doter de matériel opérationnels et interopérables. De plus les réductions d’effectif doivent se poursuivre et aboutir àune armée de 150 000 hommes en 2006 contre 200 000 en 1999. Elles comportent un coût social important.
Plusieurs affaires récentes illustrent l’atlantisme polonais qui, s’il découle de l’histoire récente de la Pologne, ne manque pas de provoquer des réactions un peu vives de certain pays de l’Union européenne, en particulier les pays de la «vielle Europe».
Après la signature du traité d’adhésion àl’Union européenne, la Pologne a décidé d’acheter 48 avions de combat F16 C/D américain (Lockheed Martin), de préférence au Mirage 2000 français de Dassault et au JAS-39C Grippen anglo-suédois. L’offre économique était plus intéressante pour la Pologne. Elle comportait des promesses, qui n’ont d’ailleurs toujours pas été tenues, d’investissements, de près du double du contrat militaire de 4,7 milliards de dollars, dans l’industrie de l’armement, de la sidérurgie, de l’automobile et du secteur pétrolier. Cette décision a été ressentie par l’opinion européenne comme un manque de solidarité européenne.
La crise irakienne et la guerre qui s’ensuivit fut une autre affaire délicate qui a mis àl’épreuve les convictions européennes de la Pologne. Au mépris d’une position commune du Conseil des ministres européens, la Pologne s’est alignée sur la position américaine. À l’instar du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Espagne, elle est devenue une force d’occupation en Irak. Elle s’est vue confier par le commandement américain la gestion de l’une des quatre zones de stabilisation en Irak, la région pétrolière de Bassorah. Depuis septembre 2003, un commandement polonais dirige les forces de plusieurs pays d’Amérique centrale (Salvador, République dominicaine, Nicaragua et Honduras) ainsi qu’une brigade espagnole. Le défi de la Pologne est d’honorer cet engagement, mais elle a conscience qu’elle ne pourra l’assumer seule. La partie s’annonce difficile même si cette mission est financée à80% par les Etats-Unis. L’absence de preuve de la présence d’arme de destruction massive en Irak et l’aggravation de la situation sur le terrain remettent en question l’engagement polonais.
L’attitude adoptée par la Pologne lors de la crise irakienne ne saurait toutefois remettre en cause sa participation au projet européen, mais son alignement sur la position de l’administration américaine s’est fait au détriment de la solidarité européenne. Or l’Union européenne est une coopération entre Etats et entre peuples qui, pour être exemplaire, doit être fondée sur la solidarité.
Épris d’une liberté chèrement retrouvée, les Polonais devront concilier la défense de leurs intérêts avec le respect de ce devoir de solidarité. Si la Pologne se sent la vocation d’être un intermédiaire privilégié entre les Etats-Unis et l’Europe, elle devra accepter que les relations transatlantiques, fondées sur un réseau vaste et complexe, engagent les autres Etats européens.
Enfin, la Pologne ne doit pas oublier que le moteur de la construction européenne, la relation bilatérale franco-allemande, est et a été au service du multilatéralisme européen.
La Pologne participe àla coalition en Irak, achète des F-16, suit sans réserve les Etats-Unis. Elle souhaiterait néanmoins participer activement àla construction d’une Europe politique et compte entrer dans l’Union européenne sans tourner le dos àWashington.
Atouts
Ses atouts économiques sont àla hauteur du volume des investissements étrangers dans le pays. La Pologne représente un marché àfort développement de près de 40 millions de consommateurs.
Malgré ses handicaps, l’agriculture polonaise possède un fort potentiel de croissance. Les terres agricoles sont riches et nombreuses. Le faible rendement agricole est compensé par la qualité de ses produits et le respect de l’environnement. Deux atouts qui l’ont conduit àdévelopper et àmettre en avant l’agriculture biologique. Son poids dans la nouvelle Union européenne ne pourra que renforcer le modèle agricole européen lors des négociations internationales sur la libéralisation des échanges mondiaux.
Des dunes de la Baltique aux cimes rocheuses des Tatras en passant par de profondes forêts et des collines altières, la diversité des paysages polonais peut se découvrir au rythme de festivals internationaux de musique. Avec 14 millions de touristes en 2002, la Pologne fait partie des principales destinations touristiques mondiales. Elle dispose de stations balnéaires au bord de la Mer Baltique, qui attirent les Allemands et les Scandinaves, de stations de sports d’hiver et de stations thermale dans le sud du pays.
De nombreuses villes et monuments polonais sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO: le Centre historique de Cracovie et de Varsovie, Wroclaw, la Venise polonaise, le Camp de concentration d’Auschwitz ou encore de nombreuses églises en bois.
La Pologne pourrait contribuer au développement d’une politique culturelle et sociale afin d’éviter les désillusions du peuple polonais, déjàmarqué par la transition vers l’économie de marché et par la crainte de perdre sa spécificité.
Sur le plan international, la Pologne souhaite contribuer au rayonnement de l’Europe.
80% des Polonais sont favorables au concept de politique de étrangère et de sécurité commune.
Une force de réaction rapide européenne est attendue par une grande partie de l’opinion publique polonaise.
Si la Pologne se positionne comme un trait d’union nécessaire entre l’Europe occidentale, l’Europe de l’Est et la Russie, elle a aussi tissé des relations privilégiées avec l’Egypte, l’Algérie et les pays méditerranéens.
Malgré les récentes tensions, les relations franco-polonaises sont très fortes. Dans leur hymne national, le Chant des Légions polonaises, «La Mazurka de Dabrowski», les Polonais chantent la gloire de Napoléon Bonaparte : «C’est Bonaparte qui nous montra comment vaincre avec fierté».
La Pologne se pense comme une grande puissance ou du moins, comme le pays leader de l’ensemble des PECO et le lien obligé entre l’Union européenne, la Russie et l’Ukraine. Elle compte prendre sa revanche sur l’histoire.
La République tchèque et la Slovaquie
Repère historique
Soumises par la force de leurs voisins impériaux, les populations Tchèque et Slovaque, réunies ou séparées, ont souvent dans leur histoire partagé un destin commun.
Occupée par les Celtes du XVème siècle au IIIème siècle avant Jésus Christ, cette région du centre de l’Europe fut conquise par les légions romaines au début de notre ère. Les Germains puis les Huns l’envahirent àleur tour. Les premiers Slaves arrivèrent au Vème siècle, d’abord les Tchèques, puis les Moraves au VIème siècle.
Au VIIIème siècle, les Tchèques se sont unifiés et ont formé le duché de Bohème. Ils devinrent des vassaux de Charlemagne et le christianisme fut introduit.
A la même époque plus àl’est, l’empire Samo fédéra les tribus Moraves en une union défensive qui devint le royaume de la Grande-Moravie. A la fin du IXème siècle, la Bohême fut rattachée àce royaume aussi vite qu’elle s’en détacha lorsqu’il fut envahie par les princes Magyars.
La Bohème a ensuite fait partie du Saint-Empire Romain Germanique, de sa création en 962 jusqu’àsa fin en 1806 tandis que l’histoire de la région des Slovaques, appelée Haute-Hongrie, suivit la destinée du Royaume de Hongrie jusqu’en 1918.
Du côté Tchèque, au milieu du XIème siècle, la Bohème annexa la partie occidentale de la Moravie. Au XIVème siècle, la couronne du Royaume de Bohème revint àla maison de Luxembourg du Saint Empire Romain Germanique. La Bohême fut alors àson apogée. Prague devint la capitale de l’Empire. Une Université y fut fondée en 1348. La Bohème-Moravie connut par la suite une période de troubles. Une guerre civile entre Catholiques et Réformateurs affaiblit le royaume. La couronne de Bohème passa dans les mains de la maison polonaise des Jagellon. Au XVIème siècle, la maison autrichienne des Habsbourg, qui avait contracté des alliances avec les Polonais, recueillit la couronne de Bohème qui devint sa possession jusqu’en 1918.
Les protestants de Bohème, qui s’étaient soulevés contre la politique de germanisation et le non-respect de la liberté religieuse, déclenchèrent la guerre de Trente Ans. La paix de Westphalie (1648) mit fin au conflit mais asservit davantage la Bohème-Moravie aux Habsbourg, ce qui renforça un sentiment national sous l’impulsion de groupes d’intellectuels, parmi lesquels se distinguait Palacky, «le père de la Nation tchèque».
De leur côté les Slovaques ont aussi subi l’oppression de leur voisin. Au milieu du XIIIème siècle, les Tatares envahirent et ravagèrent la Haute-Hongrie, future Slovaquie. Au XVIème siècle la plupart du territoire de l’empire hongrois tomba sous occupation turque. Budapest étant occupé, le centre de l’empire hongrois se déplaça vers la région de Haute-Hongrie. Presbourg (Bratislava) devint la capitale de la Hongrie. Les revendications slovaques àune certaine autonomie redoublèrent mais furent repoussées par le compromis austro-hongrois de 1867. Les Hongrois renforcèrent leur pouvoir sur les Slovaques. La pauvreté et la politique de magyarisation contribuèrent àl’émigration de près de 800 000 Slovaques vers les Etats-Unis et le Canada.
Le début de la Première Guerre mondiale permit une accélération du processus d’émancipation des peuples tchèques et slovaques. Après la première Guerre mondiale et la défaite des empires centraux, l’indépendance de la Tchécoslovaquie fut proclamée àWashington en 1918.
En 1938, Hitler arracha àla Tchécoslovaquie le territoire des Sudètes et ses 3 millions d’habitants. Le protectorat allemand de Bohème-Moravie fut proclamé en 1939. La même année la Slovaquie devint un Etat indépendant mais avec un gouvernement àla botte d’Hitler. Aux cotés de l’Allemagne, elle envahit la Pologne et entra en guerre contre l’URSS. Les liens entre la Slovaquie et l’Allemagne se rompirent lorsque les nazis généralisèrent leur politique d’extermination. En 1944, l’Allemagne envahit la Slovaquie. Celle-ci fut libérée par l’URSS un an plus tard.
La République Tchécoslovaque fut restaurée en 1945. Conformément àl’accord de Postdam du 2 août 1945 entre les gouvernements américains, britanniques et soviétiques, qui prévoyait le transfert en Allemagne des minorités allemandes de l’Europe centrale et orientale, le président tchécoslovaque Edouard Benes fit exproprier et expulser trois millions de personnes appartenant aux minorités allemandes, autrichiennes et hongroises accusées d’avoir collaboré avec les nazis.
En 1948, les communistes s’emparèrent du pouvoir en Tchécoslovaquie. Des purges et de nombreux procès suscitèrent des réactions autonomistes. En 1968, une révolte anticommuniste, le «Printemps de Prague», fut réprimée par les troupes du Pacte de Varsovie, àl’exception de celles de la Roumanie. Les troupes russes accompagnées de quatre autres armées du Pacte de Varsovie occupèrent la Tchécoslovaquie.
L’arrivé au pouvoir d’Alexandre Dubcek, communiste réformateur, permit l’entrée en vigueur d’une nouvelle Constitution d’inspiration fédérale qui reconnut deux républiques socialistes Tchèque et Slovaque, disposant chacune d’un gouvernement et d’une Assemblée. Les années 1970 et 1980 furent marquées par les protestations des intellectuels mais aussi par leurs procès.
Au milieu des années 1980, la politique de glasnost (transparence) et de perestroïka (libéralisation) de l’URSS permit aux Tchécoslovaques de manifester leur opposition au régime. En 1988, en souvenir des événements de 1968, des manifestations interdites se multiplièrent. Après la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, elles reprirent de plus belles. Une grève générale de deux jours suffit àfaire retirer de la Constitution le rôle dirigeant du parti communiste et la référence au marxisme-léninisme. En décembre 1989, 100 000 habitants de Bratislava marchèrent vers la frontière autrichienne et coupèrent les barbelés. Le même mois Vaclav Havel, qui incarnait la résistance àl’oppression communiste, fut élu Président de la République. Cette «Révolution de Velours» mit fin en douceur au pouvoir communiste.
L’Etat Tchécoslovaque n’a pas résisté àla «Révolution de Velours». Sur le plan économique, les Tchèques souhaitaient que les réformes libérales se mettent rapidement en place, tandis que les Slovaques préféraient une transformation plus lente et conservant des aspects de l’économie socialiste. Sur le plan politique, la question de l’équilibre entre les pouvoirs des gouvernements de chacune des républiques d’une part et les pouvoirs du gouvernement fédéral d’autre part révéla la fracture qui se creusait entre les deux peuples.
La partition du pays s’est inscrit dans un processus démocratique. Le Parlement vota la dissolution de la Fédération le 25 novembre 1992. Ce «Divorce de velours» s’est achevé sur la naissance, le 1er janvier 1993, de la République tchèque et de la République de Slovaquie.
Depuis 1993, la République Tchèque et la Slovaquie sont des Etats souverains dont les dirigeants ont fait de leur adhésion àl’Union européenne la priorité de leur action. Ces pays ont connu de profonds changements politiques, économiques et sociaux.
La République tchèque
Avec son économie performante, son impressionnant poids culturel, la République tchèque dispose d’atouts indéniables pour être l’une des locomotives des dix nouveaux pays membres. Ses relations, sensibles voire tendues, avec l’Allemagne et l’Autriche devront cependant se normaliser pour que l’Europe élargie puisse se développer dans un climat de sérénité et faire table rase d’un passé douloureux.
Situation géographique
La République tchèque se situe au coeur de l’Europe. Elle est au centre des grands axes de transports nord-sud (Berlin/Vienne) et est-ouest (Munich/Varsovie). Elle a pour voisins la Pologne, la Slovaquie, l’Autriche et l’Allemagne. D’une superficie de 78 866 km², ce pays est composé de deux provinces : la Bohème àl’ouest, la Moravie – Silésie àl’est. Prague ne se situe qu’à1 000 kilomètres de Paris.
La Bohême, appelée le «toit de l’Europe», est un plateau de terres granitiques, riche en minerai, entouré de chaînes de montagne et de hauteurs boisées atteignant de 1 000 à1 500 m d’altitude. À l’Est, la Moravie est une région de moyenne montagne propice àl’agriculture.
Le pays dispose d’un réseau hydrographique abondant qui ouvre des débouchés vers la mer Baltique avec l’Oder et l’Elbe et vers le Danube et la mer Noire avec la Morava. Les inondations de 1997 ont causé près de 2 milliards d’euros de dégâts, celles d’août 2002 ont été encore plus catastrophiques.
Population
En 2002 la République tchèque comptait 10,3 millions d’habitants. Les treize principales villes du pays regroupent 35% de la population totale.
On compte 1,2 millions d’habitants àPrague, capitale du pays, et 391 000 àBrno, deuxième ville et capitale de la Moravie. La densité de population est de 131 habitants/km².
La langue officielle est le tchèque.
Contrairement aux Polonais, les Tchèques sont athées àprès de 40%. Les catholiques représentent 40% de la population totale, les protestants 6% et les orthodoxes 3%.
Le drapeau tchèque est composé de deux bandes horizontales blanches et rouges incarnant la dynastie des rois de Bohême sur lesquelles est posé au milieu àgauche un triangle bleu représentant la Moravie.
Situation économique
La République tchèque jouit d’une longue tradition industrielle. Les secteurs de l’automobile, de la mécanique, du jouet et de la chimie en sont les fleurons. Ses ressources naturelles sont importantes (zinc, mercure, uranium et lignite) et son économie a su profiter du Divorce de Velours avec la Slovaquie.
En 1995, elle fut le premier des pays ex-communistes àintégrer l’OCDE - Organisation de coopération de développement économique - réunissant les pays les plus industrialisés. La crise économique de 1997 porta un sérieux coup au miracle économique tchèque et mit en évidence le manque de restructuration de ses entreprises. La politique d’austérité du gouvernement entraîna une diminution de la production et une progression du chômage. Grâce àla demande extérieure, en particulier allemande, le pays put néanmoins renouer avec la croissance en 1999.
QUELQUES CHIFFRES
Depuis 2000, la République tchèque connaît des taux de croissance de 3% en moyenne (3,3% en 2000, 3,3% en 2001 et 2,5% en 2002).
Le pays enregistre l’un des taux de PIB par habitant les plus élevés des pays candidats avec 70% de la moyenne communautaire. La région de Prague a même un revenu supérieur àla moyenne de l’Union européenne (120%). En 2003 le salaire mensuel moyen était de 531 euros.
La Tchéquie a réussi àlimiter les pressions inflationnistes avec un taux d’inflation de 3,9% en 2002.
Le déficit budgétaire était de 5,5% en 2001 et a atteint 9% du PIB en 2002 et 11% en 2003.
La dette publique représentait 23% du PIB en 2001.
Le taux de chômage reste élevé. Il touchait 9,4% de la population active en 2002.
Ses échanges avec l’Union européenne sont très importants. En 2001, 69% des exportations et 62% de ses importations se faisaient avec des pays de l’Union.
En 2002, les exportations tchèques (véhicule, mécanique, matériel électrique et électronique) se dirigeaient vers Allemagne àprés de 40%, puis vers la Slovaquie (électricité), la Pologne, l’Autriche, le Royaume-Uni et la France. Les importations (matériaux électriques et électroniques, matières énergétiques et sidérurgiques), en provenance d’Allemagne, de Slovaquie, de Russie représentaient plus de 27 milliards d’euros en 2001.
La République tchèque attire les investissements directs étrangers (IDE). Ils représentaient 4,5 milliards d’euros en 2001 et 7,5 milliards en 2002, soit 8,7% du PIB. Ces investissements ont permis de moderniser les capacités de production et d’accroître la productivité et la compétitivité des entreprises. Ainsi par exemple, Peugeot, en partenariat avec Toyota, produira une petite voiture, la 107, àKolin près de Prague.
L’économie tchèque dispose de véritables atouts avec une qualification professionnelle élevée, des équipements publics de qualité et un coût de main-d’oeuvre compétitif. La situation économique répond aux conditions de l’adhésion. Ce pays pourrait même faire partie de la zone euro dès 2007. Il dispose d’une économie de marché viable capable d’affronter la pression concurrentielle au sein de l’Union européenne.
La transition économique a changé les mentalités et a mis àrude épreuve la cohésion sociale. Si les fruits de la croissance n’ont pas enrayé la dégradation des conditions de vie et de travail, la société tchèque profite toutefois d’une économie compétitive.
Situation politique
La République tchèque est une démocratie parlementaire. Le Président est élu pour cinq ans par les députés et sénateurs réunis en Congrès. Ce système ne semble pas emporter la totale adhésion des Tchèques qui préféreraient que le chef de l’Etat soit élu au suffrage universel.
Le système parlementaire est bicaméral. La Chambre des députés comprend 200 membres élus pour un mandat de quatre ans. Le Sénat compte 81 membres élus pour six ans.
A la suite de la Révolution de Velours, le peuple tchèque a porté, en 1989, Vaclav Havel àla Présidence de la République. Il fut réélu en 1993 et en 1998. Vaclav Klaus, conservateur, lui a succédé en février 2003. Ce dernier avait déjàété Premier ministre en juin 1991 pendant un an, puis de 1993 à1997. Il avait dû démissionner en pleine crise économique et monétaire.
La République tchèque a connu, pour la première fois, l’alternance politique, en juin 1998, lorsque les sociaux-démocrates, emmenés par Milos Zeman, ont remporté des élections législatives anticipées. Ils formèrent un gouvernement avec les partis de centre-droit, majoritaires au Parlement.
A la suite des élections législatives de 2002, une coalition gouvernementale du Parti social-démocrate et de la Coalition de centre droit s’est constituée. Le gouvernement est dirigé par le Premier ministre Vladimir Spidla, social-démocrate.
Malgré la normalisation de la vie politique tchèque, le malaise social dû àla transition économique, quelques scandales financiers et des affaires de corruption ont créé chez les Tchèques un sentiment de méfiance vis-à-vis de leur classe politique.
L’élargissement de l’Union européenne et la République tchèque
La demande d’adhésion de la République tchèque àl’Union européenne a été présentée en janvier 1996 mais des accords avec la Communauté avaient été signés dès 1991.
Les relations avec leurs voisins Slovaques préoccupent les autorités tchèques, qui sont déterminées àconserver l’Union douanière qui les lie avec la Slovaquie. Les deux Etats ont donc fait tout leur possible pour adhérer en même temps àl’Union européenne.
En mai 2003, les Slovaques se sont prononcés pour l’adhésion de leur pays àl’Union européenne avec près de 93% des suffrages exprimés. Un mois plus tard, les 13 et 14 juin 2003, le référendum tchèque a lui aussi été un succès. Avec 77% de «oui», les Tchèques ont plébiscité l’adhésion. La participation de 55% des inscrits a été supérieure àce qu’espéraient nombre d’analystes politiques.
Atouts et défis de l’adhésion de la République tchèque àl’Union européenne
Atouts de l’adhésion de la République tchèque àl’Union européenne
La position géographique de la République tchèque en fait un espace ouvert sur l’Europe réunie. Son fort potentiel industriel et sa proximité avec l’Allemagne et l’Autriche situent ce pays dans un espace de croissance au centre de l’Europe.
La transition économique, avec la dégradation des conditions de vie et de travail, a conduit une partie de la population tchèque às’interroger sur l’impact du tout libéral sur la cohésion sociale. Les Tchèques seront a priori réceptifs àl’idée de l’Europe sociale.
La représentation politique tchèque est attachée àla construction d’une Europe politique, mais elle refuse toute idée de fédéralisme afin de ne pas tomber, après quarante ans d’autoritarisme soviétique, sous une tutelle trop étroite des institutions de l’Union européenne.
En mars 1999, la République tchèque a rejoint l’OTAN, aux côtés de la Hongrie et de la Pologne. Onze jours après son adhésion, elle a été associée, malgré elle, àla guerre contre la Serbie. Cet épisode a ravivé son attachement àla souveraineté, attachement d’autant plus vif que celle-ci est très récente.
La Tchéquie a mis àdisposition de l’OTAN un bataillon de réaction immédiate (génie et police militaire) et a renforcé son régiment international de défense chimique, biologique et nucléaire (NBC).
5 000 soldats tchèques pourraient participer àdes missions de l’OTAN, de l’Union européenne, ou de l’Organisation des Nations Unies.
Source de créativité artistique, le goût pour la liberté et l’esprit critique des Tchèques a fait la richesse culturelle de la Bohême et en particulier de Prague. La République tchèque pourra, sans nul doute, faire naître, de cet héritage culturel, des contributions originales àl’émergence d’une Europe de la culture.
La ville de Prague, «la ville au cent clochers», émerveille et attire tous les regards. Elle fourmille de monuments, comme le Pont Charles, construit en 1357. Devant l’affluence des touristes, on envisage même de limiter l’entrée des touristes dans la ville en juillet et en août.
Ses stations de sport d’hiver, ses stations thermales et les châteaux de Bohême offrent une variété considérable aux touristes.
Défis de l’adhésion de la République tchèque àl’Union européenne
Le système constitutionnel tchèque n’a guère facilité la reprise de l’acquis communautaire. Il impliquait un vote du Parlement pour toutes les décisions, même les plus techniques, et il était impossible au gouvernement d’alléger ce travail. La principale difficulté qu’a rencontré la République tchèque était d’intégrer l’acquis communautaire dans sa législation et de l’appliquer. Elle doit encore pour cela améliorer le fonctionnement de son administration.
Les questions relatives aux minorités allemandes et hongroises, si elles ne sont plus taboues, restent sensibles. Elles sont l’héritage d’une histoire douloureuse pour les Etats d’Europe centrale, et en particulier pour la République tchèque.
Après la Seconde guerre mondiale, la Tchécoslovaquie a, sur le fondement des décrets Benes, exproprié et expulsé plus de 3 millions de personnes appartenant aux minorités allemandes et hongroises, qui étaient accusées d’avoir collaboré avec les nazis. Près des deux tiers se seraient installés en Bavière, le tiers restant se répartissant entre les autres régions de l’Allemagne et l’Autriche. Depuis 1991, la République tchèque a acceptÃ